Manifestation monstre à Montréal.
Manifestation monstre à Montréal.

Manifestation monstre à Montréal. De 100 000 à 200 000 personnes marchent pour protester contre la hausse des droits de scolarité. Photo: Marco Campanozzi, La Presse.

<< …une élite corrompue, une élite qui ne voit l’éducation que comme un investissement dans un capital humain, qui ne voit un arbre que comme une feuille de papier et qui ne voit un enfant que comme un futur employé >>. (Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE, i.e. la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante).

<<…la CLASSE s’est exclue d’elle-même…on ne peut pas impunément poser des gestes graves de perturbations sociales et économiques…>> (Line Beauchamp, ministre de l’éducation du gouvernement québécois)

Ainsi s’exprimaient les deux protagonistes au terme d’une trève qui devait durer trois jours, le temps d’amorcer des négociations et ce, après dix semaines de grève étudiante qui a mobilisé plus de 200 000 étudiants. Autour de la table se sont retrouvés, pendant à peine deux jours, les représentants des trois associations étudiantes, FEUQ (Fédération étudiante des universités québécoises), la FECQ (Fédération étudiante des cégeps québécois) des médiateurs et la ministre Beauchamp.

Mais, suite à une manifestation mardi soir (24 avril) à Montréal, suite à des actes de vandalisme et de saccage, la ministre a montré la porte à Gabriel Nadeau-Dubois, représentant de la CLASSE, qui est la branche la plus radicale des associations. Se sont alors levés et ont quitté la salle, les deux autres représentants soit Martine Desjardins (FEUQ) et Léo Bureau-Blouin (FEQC), dans un geste de solidarité qui, depuis le tout début, n’a jamais failli. Jamais.

Une crise étudiante aiguë secoue le Québec depuis deux mois. Ponctuée par des étudiants en grogne dans les rues, dans plusieurs villes. Des étudiants solidaires, déterminés et appuyés parfois par leurs professeurs. Des représentants pausés qui gardent le cap, qui s’expriment clairement et qui apprennent à la dure les réalités médiatiques. Et d’autres étudiants, contre la grève, pris en otage par les décisions de leurs associations. Des casseurs qui profitent de ces mouvements de masse pour faire du grabuge. Des syndicats et personnalités publiques qui se joignent aux manifestations. Des policiers débordés, sur les dents, présents dans plus de 150 manifestations étudiantes à Montréal seulement. Des bombes lacrymogènes, du poivre de cayenne, des policiers matraqués à vélo, cavalerie et en civils, des arrestations, des ponts bloqués, des métros arrêtés, du vandalisme et du saccage, des piquets de grève respectés, non-respectés.

Des coûts faramineux. Le spectre de voir le semestre annulé, ou du moins prolongé, véritable casse-tête administratif. Des emplois d’été qui ne trouveront preneurs, des stages annulés ou reportés. Des injonctions accordées à certains étudiants devant la peur de perdre leur année. Des injonctions défiées par certaines institutions. Des gardes de sécurité costauds, dans les corridors des universités. Des accrochages sémantiques, des débats sur les mots ‘’dénoncer’’ et ‘’condamner’’.

Et partout présentes ces émotions, ces opinions qui créent un fossé et qui divisent professeurs, étudiants et administration. Des journaliste engagés, pour et contre. La presse écrite qui croule sous le poids des lettres à publier. Des réseaux sociaux qui alimentent le conflit et- ou qui appelle au calme.

Des opinions et émotions qui viennent chercher et qui secouent la population. Une profonde remise en question sociale.

Trois représentants étudiants qui s’unissent sans jamais mettre en doute leur solidarité, qui persistent et signent. Et un gouvernement imperturbable.

Tel est, et a été le climat social de ce printemps houleux.

Enjeux

La hausse des frais de scolarité est au coeur du débat. Une augmentation progressive annoncée par le gouvernement Charest qui passerait de 2 168$ par année, à 3 793 $ soit
1 625$ par année étalée sur 5 ans. Hausse que dénoncent les Associations étudiantes par le biais de leurs assemblées générales. Hausse qui est inscrite dans le béton, selon la ministre Beauchamp. Hausse qui doit être annulée au profit d’un gel des frais de scolarité voire même de la gratuité scolaire disent les étudiants. À l’heure ou ce texte est écrit, le jeudi 26 avril, le gouvernement offre de l’étaler sur une période de 5 à 7 ans, dans le but de reprendre les négociations. Négociations qui excluent Gabriel Nadeau-Dubois.

Lors d’une fin de semaine de consultation avec leurs membres (28-29 avril), les trois associations étudiantes rejettent cette offre gouvernementale et somment le gouvernement d’engager un médiateur et de reprendre les négociations avec les trois représentants. Aucune exclusion ne sera acceptée. La CLASSE renforce le mandat de son représentant, Gabriel Nadeau-Dubois.
Une décision est prise par les trois associations, de tenir des manifestations nocturnes tous les soirs jusqu’à la fin de la grève.

Le premier ministre Charest annonce que le congrès libéral qui devait se tenir à Montréal durant la première semaine de mai, aura plutôt lieu à Victoriaville, dans un souci d’éviter une trop grande agglomération. Les étudiants louent des autobus et organisent leur transport à Victoriaville.

Les étudiants exigent aussi une gestion plus saine des universités. L’idée de tenir une élection sous peu est lancée et fait son chemin. Le premier ministre répond que cette idée est tout simplement « grotesque ».

La crise étudiante au Québec, qualifiée de ‘’Printemps érable’’ est couverte dans nombre de médias internationaux.

Proposition du gouvernement de bonifier le programme de prêts étudiants et mettre en place un régime de remboursement proportionnel au revenu des futurs diplômés.
Proposition du gouvernement de faire passer de 35 000$ à 45 000 $ le revenu parental maximal qui permettrait aux étudiants de toucher tous les prêts et toutes les bourses offertes par le régime d’aide aux études. Coût : de 35 à 45 millions par année. Proposition rejetée.

Mouvement

Après le boycottage de cours, plusieurs facultés se déclarent en grève. Plusieurs manifestations se déroulent partout dans la province, dont la plus importante qui mobilisera en ce 22 mars, 300 000 étudiants dans les rues de Montréal, alors que sont en grève près de 378 000 d’entre eux répartis partout au Québec. Une manifestation pacifique.

Après des semaines de manifestation pacifiques et d’autres violentes, la ministre Line Beauchamp invite à des pourparlers les trois représentants étudiants. Le premier soir a lieu une manifestation violente dans les rues de Montréal. Elle exclut alors la CLASSE, ce qui attise la colère des étudiants. Les négociations reprendront quand, et si, son représentant condamne clairement la violence.

Gabriel Nadeau-Dubois réitère sa position en disant que son association ‘’dénonce’’ toute forme de violence mais qu’il n’a pas reçu de mandat de ses membres, de la ‘’condamner’’.
Après deux semaines de manifestations et de concertations, la ministre demande une trève de 3 jours afin de reprendre les discussions, trève pendant laquelle aucune manifestation ne doit avoir lieu. Elle accepte à sa table, Gabriel Nadeau-Dubois. Le soir du 25 avril, une manifestation tardive se déroule à Montréal. Qui dégénère en violence et saccage. La foule des étudiants crient leur désapprobation aux casseurs, une première.

Le lendemain, la ministre met fin aux négociations et déclare que la CLASSE et surtout Gabriel Nadeau-Dubois sont responsables de la violence, les excluant de toutes négociations futures.

Les deux autres représentants, réaffirment leur solidarité envers leur camarade. Pas de négociations sans Gabriel Nadeau-Dubois, sans la CLASSE.

Le maire de Montréal exprime son ras-le-bol, soucieux de l’image projetée de sa ville.

Plusieurs associations de professeurs, intellectuels et le Parti québécois demandent au gouvernement d’imposer un moratoire d’un an sur les frais de scolarité et la mise en place d’États généraux sur l’éducation.

Des étudiants à Toronto descendent dans la rue dans un geste de solidarité.

À l’heure ou se termine ce texte en ce 26 avril, tous restent sur leurs positions.

C’est l’impasse. Encore.

Coûts

Les directeurs des cégeps estiment que les coûts associés à la grève effacera les bénéfices engendrés par la hausse des frais de scolarité pour la première années soit dans les 40 millions de dollars. Inclus dans cet estimé sont les salaires des enseignants, les temps supplémentaires pour le personnel aux prises avec le réaménagement des calendriers, l’embauche des agents de sécurité.

Le gouvernement a versé une somme additionnelle de 350 000 $ aux cégeps en vue de couvrir le salaire de professeurs contractuels.

La Sûreté du Québec a dû débourser à ce jour, 1,5 million de dollars en temps supplémentaire.

Salaires versés inutilement, professeurs et autres : 95 million de dollars

Effectifs policiers à travers la province pour couvrir manifestations, débordements sociaux et autres : 120 millions de dollars.

version anglaise

Leave a Reply

About Myriam Fontaine

Myriam Fontaine has studied literature and history at the University of Montreal and McGill University. She likes the challenge and satisfaction of making the French language enjoyable. Myriam is an experienced French teacher to both Anglophones and Francophones and is proficient at translating and editing texts and publications. She is also an author of children's stories. Myriam Fontaine a poursuivi des études universitaires (Université de Montréal et Université McGill) en littérature et en histoire. Sa mission a toujours été de minimiser les difficultés de la langue française, et surtout de la faire aimer. Elle traîne dans ses bagages une solide expérience, de l'enseignement du français, langue première et langue seconde, de la traduction à la révision et à l'édition. Elle est aussi auteure, entre autres, de livres pour enfants.

Category

Au Fil Des Mots, Français