Une fois de plus, un film québécois se retrouve en nomination pour un Oscar, catégorie meilleur film étranger, suite à Incendies de Denis Villeneuve (2011) et à Monsieur Lazhar (2012) de Philippe Falardeau. Cette année, l’honneur revient à Kim Nguyen pour son film Rebelle (War Witch, v.a.).

Rebelle met en lumière l’histoire d’une jeune fille de 12 ans, Komona (Rachel Mwanza) qui se retrouve kidnappée par des rebelles dans un pays d’Afrique, jamais nommé. On la forcera à devenir un enfant-soldat. Très vite elle se découvrira des pouvoirs magiques, pouvoir qui lui permettent d’apercevoir des fantômes à travers la jungle, lui permettant ainsi de découvrir les cachettes des forces armées du gouvernement. Le film Rebelle couvre ainsi deux années de la vie de Komona, racontées par des retours en arrière et des récits, une odyssée qui amène le spectateur dans des massacres, des rites sorciers et une réalité poignante.

C’est une histoire qui nous hante, une histoire d’une profonde humanité. Les performances des acteurs sont extraordinaires, spécialement celle de Rachel Mwanza, une itinérante retrouvée dans les rues de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. En plus de cette nomination aux Oscars, la jeune actrice s’est méritée le prix Ours d’argent, catégorie meilleure actrice au dernier festival du film de Berlin ainsi qu’au festival Tribeca. Rebelle s’est vu attribuer 12 nominations au nouveau Prix écran canadiens (anciennement Gémeaux), prix du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure actrice pour Rachel Mwanza.

Le fait que c’est la troisième année de suite qu’un film québécois est honoré d’une nomination aux Oscars n’est pas sans échapper aux cinéphiles. Par ricochet, que doit-on penser du cinéma canadien anglais ? Et bien, rien. Le cinéma canadien anglais se porte bien, merci. Évidemment, il ne pourra jamais bénéficier d’une nomination dans la catégorie cinéma de langue étrangère. Le fait cependant que le Québec s’est vu nommé ainsi, à trois reprises, en dit long sur le talent cinématographique des artisans de la belle province. Auparavant, le premier et le seul réalisateur canadien jamais retrouvé aux Oscars est le grand Denys Arcand pour son film Les Invasions barbares en 2004. C’était alors son troisième essai, puisque ses deux autres films Le Déclin de l’empire américain et Jésus de Montréal s’étaient eux aussi retrouvés en lice.

Le réalisateur Kim Nguyen est peut être un nouveau venu dans la sphère cinématographique canadienne, mais Rebelle est son quatrième film depuis le début de sa carrière en l’an 2000. Son premier court métrage, Le Marais paru en 2003, est un petit film original qui raconte l’histoire de deux parias qui se retrouvent, dans l’Europe de l’est du début du 19e siècle, à vivre ensemble sur les rives d’un marais hanté. Malgré la courte durée d’une semaine à l’affiche d’un cinéma torontois, le film s’est fait remarqué par le journaliste du Toronto Sun’s, Bruce Kirkland qui le qualifiait de : <<presqu’un chef-d’oeuvre visuel créé avec un modeste budget>> (trad. Libre).

Vint ensuite Truffle en 2008, qui s’est vite retrouvé sous format dvd, et La Cité en 2010, un film ambitieux filmé en Afrique du nord qui raconte l’histoire d’un médecin – nous sommes au début du 19e siècle- qui, après nombre d’années sur des champs de bataille en tant que chirurgien, se languit de retourner chez lui; cependant, il se voit reclus au sein d’une ville où la population se meurt de la peste.

Denis Villeneuve et Philippe Farladeau ont aussi réalisé quatre films chacun. Ces trois réalisateurs , K. Nguyen, D. Vlleneuve et P. Falardeau sont d’une lignée directe avec Claude Jutra. Il y a de cela 40 ans sortait le film de C. Jutra, Mon oncle Antoine, 40 ans d’une cinématographie québécoise de qualité. Comme le disait un bureaucrate assagi de l’industrice cinématographique canadienne : <<Si tous les Canadiens parlaient français, notre cinéma se réjouirait d’une meilleure estime de la part de Hollywood>>. (trad. Libre)

Quelles sont les chances pourRebelle de gagner un Oscar ? Même si c’est un merveilleux film, les chances sont minces, car malheureusement, il se retrouve en lice avec le film Amour, le film autrichien favori , qui est aussi en nomination dans les catégories, meilleur film, réalisateur et scénario. Son réalisateur, Michael Haneke est considéré comme étant un maître tout comme les grands Bergman et Truffaut. Il est d’ailleurs temps que l’Académie reconnaisse son talent et son apport au cinéma. Il reste que si Rebelle parvient à attirer l’attention sur le cinéma québécois, ce sera déjà un grand succès.

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About Wyndham Wise

Wyndham Wise is the former publisher and editor-in-chief of Take One: Film in Canada. Currently, he is a contributing editor with Northernstars.ca and consultant with The Canadian Encyclopedia. Visit him at wyndhamsfilmguide.ca.

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Film, Français

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