sir john a macdonald
Sir John A. Macdonald

sir John A. Macdonald: Une «fripouille» indispensable est à peu près la perception qu’avaient de nombreux Canadiens de John A. Macdonald

Lorsqu’une délégation de Canadiens se rend à Washington en 1887 pour négocier un traité avec les États-Unis, leurs hôtes les invitent à faire une promenade en bateau sur le Potomac. Arrivé plus tôt, un des délégués canadiens entame une conversation avec une dame en attendant ses collègues. C’est la femme d’un sénateur américain.

«Alors, vous êtes du Canada», dit-elle.
«Oui m’dame.»
«Vous avez un homme très intelligent là-bas, l’honorable John A. Macdonald.»
«Oui m’dame, il l’est.»
«Mais on dit que c’est une vraie fripouille.»
«Oui m’dame, c’est une vraie fripouille.»
«Mais alors pourquoi laisser un tel homme au pouvoir?»
«Eh bien, voyez-vous, ils ne peuvent s’entendre sans lui.»

Le mari de la femme arrive sur ces entrefaites et lance : «Ma chère, laissez-moi vous présenter l’honorable John A. Macdonald.»

Sir John A Macdonald

Macdonald était notre plus grand premier ministre. Il comprenait la relation qui existait entre nos deux nations fondatrices et la nécessité de créer une fédération capable de résister à la présence massive des États-Unis (photo 1863, Collection Notman, Musée McCord).

Une «fripouille» indispensable est à peu près la perception qu’avaient de nombreux Canadiens de John A. Macdonald, mais Machiavelli n’a-t-il pas déjà affirmé qu’un homme bien ne peut devenir un grand homme. À mesure que l’étude de l’histoire est devenue de plus en plus «exacte», les historiens ont trouvé plusieurs raisons de rabaisser Macdonald. Même ceux qui ont le courage de reconnaître l’homme (comme les deux auteurs d’un livre récent sur le classement des premiers ministres), se sentent obligés de le reléguer au deuxième rang – après le sobre et énigmatique Mackenzie King – alors qu’il est le seul qu’on puisse véritablement qualifier de fondateur de notre pays.

Nombreux sont les Canadiens qui connaissent l’image traditionnelle qu’on se fait de sir John, un Falstaff sans scrupules s’adonnant à la boisson et passé maître dans l’art de la procrastination et de l’opportunisme politique. Le portrait n’est pas tout à fait faux puisque c’était un virtuose des ruses et des astuces politiques et qu’il vrai qu’il buvait à l’excès. Pourtant l’importance de son œuvre dépasse largement ses défauts : Macdonald est le principal artisan de notre constitution et, plus que tout autre, le fondateur de notre nation.

Un des nombreux problèmes auxquels se heurtent nos historiens politiques au sujet de Macdonald est qu’il ne répond pas à leur interprétation habituelle de l’histoire, selon laquelle l’essor national serait le résultat de notre émancipation du contrôle britannique. C’est donc Mackenzie King qui fait figure de héros pour nous avoir libérés de l’«emprise» britannique.

Or, pour Macdonald, la tâche la plus difficile pour la nation canadienne était la survie d’une entité politique indépendante sur un continent dominé par les États-Unis. Selon lui, c’était l’impérialisme américain, et non pas britannique, qui menaçait véritablement notre autonomie.

Macdonald n’était pas un conservateur traditionnel au sens britannique du terme. Le nom qu’il préconisait pour son parti était le «Parti de l’Union». Le mot «union» était l’expression clé de son plan d’ensemble, l’idée qu’une nation transcende les groupes, classes et sections – autre raison qui explique pourquoi il n’est pas honoré dans ce pays divisé qu’est le nôtre.

Sir John A Macdonald

Macdonald, le «vieux chef» (Archives nationales du Canada/PA-027013).

L’accomplissement le plus notable de Macdonald reste la Confédération. Bien qu’il se soit laissé séduire tardivement par cette idée, il n’en reste pas moins que seul lui et son partenaire George Étienne Cartier possédaient le dynamisme et les aptitudes politiques nécessaires pour en faire une réalité politique. Il a orienté les conférences de Charlottetown et de Québec à travers des eaux agitées, et la constitution était en grande partie son œuvre. Il a séduit des adversaires comme Joseph Howe de la Nouvelle-Écosse, a réussi à convaincre l’Île-du-Prince-Édouard et la Colombie-Britannique de se joindre au projet, à faire échouer une rébellion dans l’Ouest et à unir le tout grâce à un chemin de fer transcontinental.

Il est dommage que l’étude de la vision de Macdonald, de ses aptitudes politiques et de ses guerres diplomatiques avec les États-Unis soit remplacée dans les manuels par des anecdotes pittoresques sur sa façon de n’en faire qu’à sa tête. Il faut admettre qu’il n’a pas aidé sa cause en sollicitant, pendant la campagne électorale de 1872, de fortes sommes d’argent à des hommes à la recherche de contrats pour construire le chemin de fer transcontinental.

«Je fais souvent des choses contraires à ce que me dicte ma conscience, disait-il, mais si je n’exploitais pas certaines faiblesses de la nature humaine, mon parti m’enlèverait le pouvoir et ceux qui prendraient ma place gouverneraient moins bien que moi.» Macdonald «gérait» avec une oreille fine, se souvenant de chaque personne qu’il rencontrait, écoutant tout le monde et leur donnant la réplique avec un esprit tranchant et fantaisiste. «Il était le père et le fondateur de son pays, a déclaré sir John Thompson, nous lui avons tous, sans exception, démontré notre loyauté.» À la veille de célébrer l’anniversaire de sir John le 10 janvier (la date enregistrée à Glasgow) ou le 11 janvier (la date qu’il inscrivait), nous pourrions peut-être tenir compte des propos de George Woodcock : «Les Canadiens n’aiment pas les héros, c’est pourquoi ils n’en ont pas». Macdonald mérite de se voir honorer par une fête nationale, mais il existe probablement trop de classes, d’intérêts et de sections qui lui en veulent pour que cela se produise. Cette journée pourrait par contre donner l’occasion aux Canadiennes et Canadiens de célébrer sa vision d’unité et de destinée nord-américaine indépendante de celle des États-Unis.

Pour en savoir plus, consultez le site de L’Encyclopédie canadienne à: Sir John Alexander Macdonald

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About James Marsh

James Marsh was born in Toronto and has spent most of his working life in publishing as an editor and writer. He has edited over 200 books in Canadian history and social science and is the author of several books and over 100 articles on Canadian history. James was editor in chief of all three print editions of The Canadian Encyclopedia (1985, 1988 and 1999) and of The Junior Encyclopedia of Canada and guided the encyclopedias into the digital world with numerous editions on CD-ROM. He remains Editor Emeritus of The Canadian Encyclopedia. James is a member of the Order of Canada and recipient of the Centenary Lorne Dawson Chauveau Medal of the Royal Society of Canada in recognition of his achievement of producing The Canadian Encyclopedia.

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